Je me suis rendue jeudi dernier à une soirée organisée par l'association Fragment. J'aime leur programmation car elle est toujours assez étonnante, des concerts de musiques expérimentales et nouvelles. Je ne suis pas une grande habituée de leurs soirées, mais ces derniers temps je les fréquente un peu plus, et à chaque fois je me laisse surprendre.Dans l'ordre de passage, j'ai pu découvrir Synchronator, Hélène Géhin, Ovo, Jazkamer.
Je n'ai presque rien vu de Synchronator (Pays-Bas), j'étais en train de discuter avec un ami, donc je n'étais pas très attentive. Au moment où je me suis décidée à aller voir plus sérieusement ce qui se passait sur scène, les musiciens se sont arrêtés de jouer. J'ai quand même compris du peu que j'en ai vu (et par le nom même du groupe) que leur travail est basé sur l'interaction entre le son et l'image, image qui reste à l'état de signal vidéo.
J'ai vraiment apprécié le set d'Hélène Géhin (Verdun): un subtil mélange entre une voix et une cithare, une langue inventée dans laquelle elle s'exprime librement. Un monde musical que la demoiselle s'est créé dans lequel le spectateur peut facilement se laisser transporter.
J'ai presque eu l'impression de faire un voyage à travers le temps avec la musique d'Hélène, passant sans complexe de sonorités "baroques" à des sons plus rock, tant au niveau de l'accompagnement à la cithare que celui de la voix. Cet instrument est très envoûtant, c'est donc avec plaisir que je me laisserai retenter si la demoiselle revient dans le coin!
C'est au tour du groupe Ovo (Italie) de prendre place. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, même si quelques amis étaient venus spécialement pour eux et m'avaient donc fait une brève description du duo.
Je ne suis pas issue du milieu bruitiste/noise (je ne suis même pas capable de le définir!), voire hardcore, mais pourtant j'ai été tenue en haleine pendant tout leur concert.
J'avoue qu'au tout début, j'ai eu un peu peur, car je me sentais complétement en décalage avec leur son, mais leur performance m'a vite intéressée. Stefania Pedretti a une voix vraiment incroyable/improbable, pouvant passer des graves aux aigus sans difficulté (moi j'avais mal aux cordes vocales pour elle). Par moment, je me suis même demandée si il n'y avait pas un effet dessus, mais il ne semble pas.
Stefania n'hésite pas à jouer de la basse avec une équerre, faire vibrer ses dreads (qui lui arrivent aux genoux) en y frottant un archet... Comme l'a très bien dit quelqu'un ce soir là: "Elle joue du violon avec ses dreads" (Ouf! Cette phrase n'est pas de moi!).
Bruno Dorella quant à lui est venu à plusieurs reprises dans la salle pour y trouver des endroits sur lesquels il pouvait taper avec ses baguettes, réinventant la disposition et l'utilisation de sa batterie.
Enfin le dernier groupe Jazkamer (Norvège) n'a pas vraiment retenu mon attention, même si j'ai assisté pratiquement à tout leur concert. Un son trop noise à mon goût, qui ne peut être supporté qu'une fois équipé de bouchons dans les oreilles. Mais bon, j'ai quand même aimé cette puissance vibratoire qu'on prend direct dans le plexus solaire et qui déstabilise. Je suis restée que pour ça car musicalement j'ai pas accroché et visuellement il ne se passait rien. Ce groupe est néanmoins un groupe référence de la scène noise internationale.
Une bonne soirée (avant le dur week-end des présidentielles!).
Dommage que le public n'était pas assez au rendez-vous. Ce n'est pas évident de défendre une programmation qui n'intéresse hélas, que trop peu de personnes, mais qui pourtant amène le spectateur à se questionner sur la définition même de la musique, tout en quittant les sentiers battus du commercial...


